Immigration clandestine en Guyane : Courrier du Président de la CTG et de parlementaires de Guyane au président de la République Emmanuel Macron


05 mai 2021

Dans un courrier de quatre pages, Le député Lenaïk Adam, Le sénateur et vice président du sénat, Georges patient et Rodolphe alexandre, président de la collectivité territoriale de Guyane interpellent directement le président de la république Emmanuel Macron concernant l’arrivée massive de des migrants haitiens via le surinam par des vols charters relliant Port-au-prince à Paramaribo et plus largement sur ces filières d’immigration clandestine de personnes originaires principalement de pays du plateau des Guyanes et de la caraïbe. Les élus réclament davantage de moyens humains et matériels, ils expriment de nombreuses interrogations et s’étonnent que les migrants aient pu traverser avec autant de facilité la frontière pourtant censé être fermée en cette période de pandémie.

Ci-dessous l'intégralité du courrier :

Monsieur le Président de la République

La Guyane fait face, depuis de nombreuses années, à une immigration clandestine massive de personnes originaires principalement de pays du Plateau des Guyanes et de la Caraïbe

Ces derniers jours, une filière d'immigration clandestine de plusieurs centaines de personnes originaires d'Haïti et transitant par le Surinam a été mise au jour. L'Ambassadeur de France au Surinam et au Guyana, Monsieur Antoine Joly, s'est d'ailleurs ému auprès du Ministre surinamien des Affaires étrangères de l'organisation de ces vols charters depuis Port-au-Prince de personnes ayant vocation à rejoindre illégalement la Guyane, et lui a demandé de mettre un terme à cette pratique, ce dont nous ne pouvons que nous féliciter

Ce qui nous interpelle plus particulièrement, c'est que non seulement les Haïtiens qui avaient déjà atterri au Surinam ont pu sans difficulté traverser la frontière (pourtant censée être fermée en cette période de pandémie) et se retrouver sur le sol français à Saint-Laurent-du Maroni; mais qu'en plus, la Sous-préfecture de Saint-Laurent a ordonné la délivrance expresse d'un nombre important de laisser-passer pour permettre à toutes ces personnes de franchir le barrage d'Iracoubo afin qu'elles puissent rejoindre Cayenne et déposer un dossier de demande d'asile auprès de la Préfecture du Chef-lieu, ce qui pose un certain nombre de questions pour l'heure sans réponse

- Sur le principe, comment comprendre, dans ce territoire où les forces de l'ordre n'ont pas 

les moyens humains et matériels de contrôler les frontières (600 km pour le fleuve Maroni à l'Ouest, 400 km pour le fleuve Oyapock à l'Est, le tout en pleine forêt), que l'on puisse maintenir ce droit certes noble et généreux dans son fondement que constitue le droit d'asile politique, mais qui, compte tenu du dévoiement dont il fait l'objet en Guyane (puisque ces personnes, inexpulsables le temps de l'examen de leur demande d'asile, disparaissent systématiquement dans la nature et ne sont jamais renvoyées chez elles), s'apparente davantage à une mesure incitative à l'immigration clandestine

Dans le contexte particulier de pandémie que nous connaissons - qui contraint d'ailleurs les Guyanais qui souhaitent se rendre dans l'Hexagone à se soumettre à une série de contrôles à la fois largement excessifs, infondés sur le plan sanitaire, mais aussi humiliants et discriminatoires car contraires au principe de continuité territoriale -, comment comprendre que ces centaines de personnes venues de nulle part n'aient fait l'objet d'aucune mesure d'isolement; qu'il ne leur ait à aucun moment été demandé de se soumettre à des tests RT-PCR; et pire, qu'il leur ait, au contraire, été délivré, par les services de l'Etat, une autorisation de circuler librement sans contrôle sur le territoire et de franchir, pour pouvoir se rendre à Cayenne, le tant décrié barrage d'Iracoubo que les Guyanais eux-mêmes n'ont plus le droit de franchir hors présentation d'un motif impérieux depuis plus d'un an maintenant

Comment expliquer aux Guyanaises et aux Guyanais que des personnes venues en Guyane en toute illégalité, dont personne ne connait véritablement l'état de santé et donc potentiellement porteuses du SARS-COV2 (ou autre), puissent finalement disposer de davantage de droits et être soumis à moins de contraintes qu'eux-mêmes, au prétexte que la Sous-préfecture de Saint-Laurent ne disposerait pas d'un guichet dédié à l'instruction des demandes d'asile

- Quid de la prise en charge de la centaine d'enfants sans parents qui ont été identifiés et qui, une fois sur le sol guyanais, auront vocation à être pris en charge par l'Aide Sociale à l'Enfance, alors que nos solutions en termes de familles d'accueil sont déjà ts insuffisantes

- Enfin, la France peut-elle tolérer plus longtemps qu'un pays tiers (en l'occurrence, le Surinam) puisse être impliqué dans la mise en place, par des trafiquants d'êtres humains, d'un véritable pont aérien à des fins d'acheminement clandestin de populations entières vers la Guyane ? Une situation selon nous extrêmement grave, qui s'apparente à une pure et simple violation de la souveraineté nationale et qui, si elle a été dévoilée en raison de la crise sanitaire (certains sur place s'étant étonnés de voir un avion en provenance de Port au-Prince atterrir à l'aéroport international de Paramaribo pourtant censé être fermé), durerait en réalité depuis déjà plusieurs années, expliquant l'afflux de plusieurs dizaines de milliers d'Haïtiens en Guyane sur la même période 

Monsieur le Président de la République, nous vous saisissons aujourd'hui car nous considérons que l'heure est grave. Nous vous demandons solennellement de prendre la mesure d'un problème majeur de santé public, d'abord; mais aussi et surtout d'un problème sociétal, de cohésion sociale, de protection de l'enfance, aussi, qui, plus largement, pose la question de l'avenir-même de ce territoire

Concrètement, la Guyane n'a pas les moyens de continuer à accueillir sur son sol toute la misère, si ce n'est du monde, au moins du sous-continent. Ça n'est matériellement pas possible, et ça n'est humainement pas souhaitable

Pour vous donner un ordre d'idée, avec déjà plus d'un habitant sur deux d'origine étrangère sur son sol, c'est comme si la France comptait 35 millions d'étrangers. 35 millions de personnes qui parlent peu ou pas la langue française, qui ont de plus en plus de mal à s'intégrer car elles sont directement prises en charge par leur communauté d'origine quand elles arrivent; 35 millions de personnes à qui vous auriez pourtant le devoir, avec des moyens excessivement sous dimensionnés, d'apporter le minimum vital : logement, santé, accompagnement social, éducation pour les enfants, formation, etc

Même si l'on parvenait à véritablement fermer les frontières aujourd'hui en Guyane (ce qui, du reste, est censé être le cas), il faudrait plusieurs années ne serait-ce que pour intégrer les personnes déjà présentes sur le territoire. Pour s'en convaincre, il suffit de voir l'étendue cumulée que représente l'habitat spontané en Guyane : des bidonvilles de plusieurs centaines à plusieurs milliers de personnes, parfois cachés dans la forêt, mais présents le plus souvent à la périphérie des bourgs, au vu et su de tous. Une situation intenable, potentiellement explosive, à laquelle il est désormais urgent d'apporter une réponse adaptée

C'est la raison pour laquelle nous vous demandons dans un premier temps, en urgence, un moratoire sur le droit d'asile politique en Guyane

Il serait certainement précieux de pouvoir envoyer aux candidats à l'immigration en Guyane (immigration économique en réalité) le message qu'ils ne pourront pas, sitôt foulé le sol guyanais, s'abriter derrière cette disposition pour pouvoir circuler à leur guise sans risque d'être expulsés et s'installer en toute impunité avec leurs compatriotes dans un secteur d'habitat spontané, souvent d'ailleurs sur des terrains privés, ce qui n

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